Normes CSIAS actuelles

La CSIAS aide à mettre en œuvre un mandat de notre Constitution fédérale

Bien que la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS) existe depuis 120 ans, sa raison d’être, voire même sa légitimité démocratique, sont régulièrement remises en question. La réponse la plus simple est que la CSIAS aide les cantons et communes, qui sont responsables de l’exécution de l’aide sociale en Suisse, à appliquer l’article 12 de la Constitution fédérale « Droit d’obtenir de l’aide dans des situations de détresse » qui stipule que « Quiconque est dans une situation de détresse et n’est pas en mesure de subvenir à son entretien a le droit d’être aidé et assisté et de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine ».

L'une des raisons pour lesquelles notre institution a été fondée au début du XXe siècle réside dans le fédéralisme. Malgré les compétences cantonales et communales en matière d’aide sociale, la volonté était de créer une institution qui élabore et fournisse des informations pertinentes, utiles et applicables dans la pratique. Aujourd'hui encore, la CSIAS remplit cette mission. Contrairement aux idées reçues, elle n’est pas une organisation politique. Nos partenaires, ainsi que les destinataires de nos normes et autres informations sont les gouvernements cantonaux, représentés par leurs membres au sein de la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS).

Le bilan de l'année passée est réjouissant : le taux d'aide sociale n'a jamais été aussi bas ces dernières années. Les raisons principales résident dans un marché du travail asséché, dans l’efficacité des services sociaux cantonaux et communaux, ainsi que probablement dans un taux élevé de non-recours aux prestations d’aide sociale. Néanmoins, les quelque 250’000 bénéficiaires représentent un groupe important au sein de notre population. Même si la valeur statistique de 2,8% peut sembler faible, nous ne devons pas ignorer les parcours de vie de ces personnes, qui sont finalement à l'origine de leur dépendance à l’aide sociale.

Les enfants sont particulièrement touchés; 70'000 vivent dans des familles soutenues par l'aide sociale. Il est incontestable que ces enfants doivent pouvoir grandir dans les meilleures conditions possibles et suivre une formation adaptée à leurs capacités. Des études montrent qu’il est nécessaire de renforcer le soutien aux enfants issus de familles précaires afin de leur permettre de mener une vie autonome. Il est inacceptable que les enfants représentent le plus grand groupe de personnes soutenues en Suisse ! C'est aussi pour cette raison que notre traditionnelle Journée nationale de Bienne de mars 2024 était consacrée aux enfants à l'aide sociale. Nous travaillons actuellement sur des propositions pour soutenir davantage les enfants et leur garantir ainsi une réelle égalité des chances.

Les jeunes adultes, mais aussi les moins jeunes, ont souvent besoin d'une aide temporaire pour les préparer à intégrer le premier marché du travail. L'acquisition de compétences de base et le rattrapage d'une formation initiale sont des conditions indispensables pour pouvoir se passer de l'aide de l'État.

L'aide matérielle constitue à ce titre une base essentielle pour garantir une « existence conforme à la dignité humaine », comme le stipule notre Constitution fédérale. Or, l'intégration sociale l’est tout autant. Je m’insurge toujours lorsque les dépenses sont étroitement associées à la volonté d’enrayer des coûts ultérieurs élevés. Certes, l’objectif de prévenir le stress psychologique par la mise à disposition de moyens financiers suffisants pour vivre une existence digne permet d’éviter des coûts élevés dans le système de santé, Toutefois, le but premier reste le bien-être des personnes « qui ne sont pas en mesure de subvenir à leurs besoins », comme le précise la Constitution fédérale.

C'est pour moi un honneur d’assumer la présidence de la CSIAS. L'aide sociale en Suisse fonctionne et la CSIAS y contribue. Cependant, ce sont avant tout les collaboratrices et collaborateurs des cantons et communes qui veillent à l’exécution du mandat constitutionnel afin que les personnes visées par l'article 12 puissent effectivement mener une existence conforme à la dignité humaine.

Toutes celles et tous ceux qui contribuent au bon fonctionnement de l'aide sociale dans notre pays méritent nos remerciements et notre reconnaissance pour leur travail et précieux engagement !

Christoph Eymann, président de la CSIAS